Certes, la conférence sur le climat #COP21 à Paris l’an dernier n’a pas encore tenue toutes ses promesses. Mais ces rendez-vous diplomatiques, dont la prochaine #COP22, accélèrent une prise de conscience dans les entreprises de la nécessité de réduire la facture énergétique. "Avec, à la clé : des économies souvent non négligeables", constate Frédéric Rodriguez, fondateur et P-DG de GreenFlex, leader européen de la performance environnementale et sociétale. Preuve qu’écologie peut rimer avec économie.

Sandrine Chauvin : L’écologie peut-elle vraiment devenir une réalité économique ?

Frédéric Rodriguez : C’est en tout cas l’ambition de GreenFlex que j’ai créé en 2009 avec la volonté de relier l’écologie à l’économie. L’entreprise qui réduit son impact environnemental peut constater un bénéfice immédiat. En moyenne, nos clients réussissent à réduire leur facture énergétique jusqu’à 35%, ce qui peut représenter des économies non négligeables. Aujourd’hui, GreeFlex compte 450 clients, dont la plupart des entreprises du CAC40, a réalisé 191 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, compte 14 bureaux en Europe et plus de 180 salariés, des experts, des ingénieurs dans de nombreux domaines. Pour aller encore plus loin et renforcer notre offre d’accompagnement sociétal, nous venons d’acquérir le cabinet de conseil Be-Linked. L’objectif est de permettre aux entreprises de mieux dialoguer avec l’ensemble des parties prenantes comme les consommateurs et les associations, par exemple, lors de l’implantation d’une nouvelle usine.  

Sandrine Chauvin : Justement pouvez-vous citer des exemples concrets de secteurs pouvant réduire efficacement leur facteur énergétique ?

Frédéric Rodriguez : A titre d’exemple, la facture énergique d’un hypermarché peut s’élever de 300.000 à 1 million d’euros par an. Notre approche consiste à commencer par faire des économies sans investissement, en optimisant les installations en place, en réglant mieux les frigos, les consignes de réglage de la température le jour et la nuit, en automatisant l’extinction des lumières ou en éteignant la machine de glace lors de la fermeture du magasin etc. Cette première étape permet de réduire d’environ 15% la facture énergétique. Pour aller plus loin, souvent, nous proposons ensuite d’investir et de changer les équipements les plus impactants. Cela va de la fermeture des banques réfrigérées, à l’achat d’un nouveau groupe froid plus performant et connecté afin de suivre sa consommation. Là encore, l’entreprise peut espérer 20 % d’économies. Au total, l’optimisation énergétique d’un hypermarché peut générer jusqu’à 35% d’économies. Sur une facture d’un million, voire de dizaine de millions d’euros à l’échelle d’une grande enseigne, ce n’est pas du tout négligeable.

Sandrine Chauvin : Quels sont, selon vous, les secteurs les plus attentifs aux enjeux de développement durable ?

Frédéric Rodriguez : Tous les secteurs sont concernés et ont compris que s’engager dans une démarche de performance durable était un vrai enjeu de compétitivité. Depuis longtemps dans l’industrie, les usines analysent leurs données pour rationnaliser leur production et réaliser des économies. Nous faisons aussi beaucoup de missions dans l’agroalimentaire pour promouvoir la consommation éco-responsable. Un produit bien conçu qui correspond à une attente du consommateur se vendra bien mieux aujourd’hui. Carrefour a ainsi annoncé récemment être le premier revendeur de bio. Cette communication illustre bien une réponse à une des attentes de ses clients et un moyen de se différencier. Il peut aussi s’agir de la gestion d’un parc automobile pour réduire la consommation de gazole, en utilisant mieux sa flotte de véhicules, optimiser l’énergie de ses data centers ou améliorer la performance énergétique des bâtiments, des entrepôts etc.

Sandrine Chauvin : La COP21 à Paris l’an dernier et la COP22 qui doit se tenir début novembre à Marrakech sont-elles des accélérateurs de prise de conscience ?

Frédéric Rodriguez : Sans aucun doute. Depuis 2 ans, nous sommes de plus en plus sollicités. Les responsables du développement durable dans les grandes entreprises sont désormais très souvent représentés dans les comités de direction, disposent d’un budget plus conséquent et pèsent sur la stratégie à long terme des entreprises. Les grands groupes ont compris qu’en réduisant leur impact environnemental, ils pouvaient aussi créer de la valeur ajoutée : une meilleure image, la fierté pour ses employés de travailler dans une entreprise engagée dans une démarche durable...

Sandrine Chauvin : Avec la digitalisation, peut-on espérer davantage d’économies d’énergie ?

Frédéric Rodriguez : Le digital est une solution qui apporte plus d’efficacité, plus de réactivité et de rapidité dans la prise de décision. Avec nos logiciels intégrant des algorithmes puissants d’analyse de données, nous sommes ainsi capables de mieux piloter, voire prédire et donc d’optimiser les factures énergétiques. Mais, pour rappel on estime que l’accélération de l’utilisation du digital génère aujourd’hui entre 10 à 15% des émissions de gaz à effet de serre (notamment les data centers). Les entreprises disposent de deux options pour réduire la consommation d’énergie liée au digital : d’abord, étudier l’infrastructure pour réorienter par exemple les flux d’air froid vers les points les plus chauds de la salle, ce qui permet de réduire la facture énergétique mais aussi de réduire les taux de panne de 50%, ou encore changer le système de refroidissement. Ce sont aussi des éléments clés pour optimiser sa performance énergétique.

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