Elizabeth Pastore Reiss

Elizabeth Pastore Reiss

Directrice générale déléguée de GreenFlex

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La COP 21 a sans doute renforcé la prise de conscience du réchauffement climatique dans notre pays. On observe par rapport à l’an dernier un renouvellement d’intérêt de la majorité des Français pour la consommation responsable (perçue comme le premier levier d’action sur le changement climatique) et les enjeux sociaux qui y sont associés. 
 
Mais plus que jamais, on constate des fractures grandissantes dans les comportements : les groupes sociaux s’éloignent les uns des autres, chacun inventant son modèle de consommation et son modèle de société. Par ailleurs, le digital s’impose à tous comme le moyen d’expression pour agir. C’est ce que révèle la dernière enquête ‘Consommateurs et Développement Durable’ réalisée par GreenFlex en 2016 (4100 personnes ont été interrogées).
 

Plus d’engagement, plus de social

 
La proportion de Français qui se disent concernés par les enjeux du développement durable et de la consommation responsable a fortement augmenté en 2016 : ils représentent 60,7% des personnes interrogées alors qu’ils n’étaient que 45,2% en 2015. 
 
L’environnement reste une préoccupation importante, avec 64,5 % des Français déclarant vouloir des informations sur l’impact environnemental des produits achetés. Mais la consommation responsable prend un sens qui va au-delà de l’empreinte carbone : santé et bien-être sont toujours les leviers majeurs du changement de comportement, d’autres motivations comme l’action sur le développement local, le plaisir de faire par soi-même avec la recherche d’économies (potagers, bricolage) sont aussi souvent cités…
 

Le digital nouveau moyen d’expression et choix

 
50% des Français utilisent les nouveaux outils de communication pour faire leurs choix de consommation et exprimer leurs attentes. A travers le digital (internet, applications mobiles et réseaux sociaux), ils s’informent, ils parlent de leurs envies de bien-être, ils expriment leur engagement pour une consommation plus respectueuse de l’environnement… 
 
Les jeunes connectés sont particulièrement demandeurs d’information et vont trouver dans les plateformes digitales des moyens simples et rapides pour mieux consommer : ils ont recours aux avis de leurs pairs, ils consultent avec intérêt les applications développées par les marques et les distributeurs.
 

Des différences marquées dans les attentes et comportements

 
Une évolution intéressante cette année dans notre étude est la façon dont chacun construit son champ d’action, redéfinit son modèle de consommation et même son modèle de société.
 
Pour la majorité, concernée par les enjeux et dans l’action, le développement durable est devenu une nécessité, le changement climatique une urgence, « vivre autrement » un impératif : consommer utile pour soi ou pour la société, mieux répartir la valeur, rechercher la simplicité, moins de superflu, partager davantage, retisser le lien social. Bref du bien être pour eux, la planète et une meilleure qualité de vie! Quant aux réfractaires, leur comportement est surtout individualiste, motivé par la recherche d’économies, par des achats robustes et pas chers. 
 
Ainsi, les Français sont plus que jamais tiraillés entre - d’un côté - un besoin d’individualisme exacerbé par le digital ou la recherche du bonheur pour soi - et d’autre part - un grand besoin de partage et de solidarité. On le voit dans des moments fédérateurs comme celui de l’Euro.
 
La tendance est aussi au retour aux valeurs humaines, au lien social réel, avec un rapport au temps qui change : ainsi faire soi-même, se déconnecter d’un quotidien agressif, revenir à l’authenticité, se recentrer sur des activités ‘saines’ : marcher, faire du yoga, manger des légumes de saison, bref s’adonner à la slow life. Là encore, les nouvelles offres de partage (covoiturage, prêt de matériel ou échange de services dans les quartiers) ou l’aide au « faire soi-même » (explosion des « tutorials » sur internet), contribuent au développement de cette tendance.
 
Nouveau aussi cette année, le souci des générations futures : protéger le vivant et la biodiversité apparaissent comme des préoccupations de plus en plus importantes. Si le ‘développement durable’ est un concept général qui reste vague, beaucoup attendent des actes concrets pour réduire la pollution (qui reste la crainte majeure), pour diminuer le gaspillage alimentaire, pour lutter contre l’extinction des espèces, pour protéger le bien-être animal.

 

Des fractures grandissantes

 
Comme souvent, risques et opportunités guettent nos politiques et nos entreprises. Notre étude montre que le scepticisme croît encore vis-à-vis d’eux : seuls 26% des Français font confiance aux grandes entreprises, 2/3 d’entre eux voient la mondialisation comme un risque. L’action locale - à l’échelle du territoire ou de la ville - apparaît de plus en plus importante. On attend des entreprises qu’elles démontrent leur valeur ajoutée environnementale et sociale, qu’elles prouvent l’engagement de leurs produits et marques pour la société. Celles qui sont tièdes à cet égard risquent de perdre le les jeunes millenials engagés, ceux qui se sentent à bord dans notre société, leurs clients les plus importants de demain.
 
Pour tous les autres - chômeurs, ouvriers, étudiants prolongés - la fracture se creuse : pour eux le ‘durable’ n’est qu’une mode, une contrainte de plus qui leur est imposée. Quant aux jeunes ‘nuit debout’ souvent très diplômés sans emploi, ils pensent qu’il faut casser complètement notre modèle social.
 
Ainsi, plus que jamais, nous devons répondre aux attentes des 60% de Français motivés sans laisser de côté les 40% de Français fragilisés et à risque, notamment les jeunes. Nous devons pour cela engager des actions concrètes et visibles à l’échelle de ces enjeux majeurs. Et surtout, nous devons nous mobiliser pour retrouver un sens commun, un chemin qui fasse sens pour tous : transmettre aux générations futures un pays plus viable, plus solidaire et mieux préservé.
 

Téléchargez les résultats de l'étude ici !